Bienvenue sur Blog à CROCquer. Blog d'humour noir qui se veut un journal intime fictif dont le protagoniste est une vampire vivant dans notre monde contemporain. Il n'est pas question ici des gentils vampires végétariens de Twilight, d'un vampire pourvu d'une âme comme Angel ou de vampires se nourrissant de substitut de sang comme dans True Blood. Canine, ainsi se nomme notre héroïne se nourrit bien de sang d'humains qu'elle tue, tout en sachant se montrant sympathique... D'où la qualification d'humour noir.

dimanche 10 octobre 2010

3.La vie commence avec la mort

Ce n’est pas de la poésie, c’est la vérité. On vit tout le temps en ayant peur de mourir, en se disant «il faudrait que je fasse ci ou ça avant de mourir»… Mais le pire c’est encore de vivre sa vie pour aller au paradis. Ça alors, quelle connerie. J’ai horreur de parler de ce que j’étais avant de devenir un être supérieur, mais si j’ai décidé d’écrire ce blog, c’est bien pour tout raconter. Alors on va faire ça vite.


J’ai déjà dit que je ne voulais pas me marier, je voulais être libre. Mais ma mère était une bigote, ainsi, j’étais convaincue que tout ce qu’elle me racontait sur le barbu d’en haut était vrai, et elle me fichait la trouille. Moi, je ne voulais pas entrer dans le moule, mais j’avais peur de m’en éloigner. J’avais peur d’aller en enfer. La nuit où j’ai rencontré mon papa vampire, j’ai eu une peur bleue d’être damnée pour l’éternité. Puis il m’a mordue. Une bénédiction, si je peux m’exprimer ainsi. Aussitôt, plus rien n’avait d’importance et tout ce que j’avais fait me semblait inutile et ridicule. Je n’avais plus peur d’aller en enfer pour un oui ou pour un non. Je n’avais que faire de plaire à tout le monde étant donné que je n’avais plus besoin de personne. I was Wonderwoman. Pour fêter ma nouvelle vie, je me suis introduite dans une église (oui, c’est possible, mais faut toucher à rien), j’ai mordu le prêtre et je l’ai laissé agoniser sur l’autel. Oh allez, c’était symbolique… Aujourd’hui, on se fait tatouer, dans ce temps là… on tuait des prêtres. Autres temps, autres mœurs. Mais si ça peut vous aider à avaler la pilule, le prêtre au vin de messe goûtait encore pire que les ivrognes de la taverne. Et puis je vous avais averti hein! Tant pis pour vous…

Ce dont je me rends compte aujourd’hui, c’est que ma transformation est franchement bien tombée sur la ligne du temps. Directement sur la révolution française. Je l’aurais trouvée vachement moins drôle de mon vivant. Parlez-en à n’importe quel vampire qui était là à l’époque, que de bons souvenirs! Il y avait tellement de morts qu’on pouvait se faire des orgies de sang sans attirer le moindre soupçon. Vers la fin de l’année ça chauffait vachement dis donc. «S’il n’y a plus de pain, qu’ils mangent de la brioche!» a dit Marie-Antoinette. Ben la Nenette, elle n’a jamais eu aussi raison. La brioche nappée au sang de pâtissier, c’est tellement péché que je passerais le reste de mon éternité en enfer à manger rien que ça. Ce n’est pas comme aujourd’hui… Tout est préfabriqué, et tremper ma brioche suremballée dans la gorge fraîchement ouverte du commis d’épicerie boutonneux, ça a franchement moins de classe. Les choses se perdent. Ok, un petit truc : le sang chaud, c’est beaucoup trop liquide, alors il faut faire comme pour les sauces, faut l’épaissir, de la farine fait l’affaire, mais la fécule de maïs c’est mieux. Avec le temps, on développe des trucs.

Parce qu'il ne faut pas se leurrer : on ne nait pas vampire en sachant tout. Habituellement, c’est pour cette raison qu’on doit suivre son géniteur vampire pendant quelques temps, mais moi, j’ai viré le mien. Avoir su…

La suite… une autre fois…
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samedi 9 octobre 2010

2.L'histoire commence quelque part

Ah oui, c'est bien vu hein?! Vous calculez bien : 218 ans. Deux cent dix-huit années, mais je vous jure que je ne les fais pas. Le vampirisme est le meilleur des anti-rides et il n'y a pas un seul chirurgien plasticien qui pourra vous obtenir un meilleur résultat. Par contre, faut accepter quelques inconvénients comme le fait d'avoir l'air malade tout le temps, de ne pas pouvoir se voir dans un miroir (du coup, on se fiche un peu d'avoir l'air blême...), et puis, il y a le fait que si vous étiez une gentille petite fille ou un fervent dévot au coeur charitable, hé bien c'est fini.

Des gens pensant jouer les fins psychologues me demandent souvent :«Oui, mais toi, Canine, si on oublie tous les préjugés véhiculés sur la cruauté des vampires, ne te souviens-tu pas, ou ne t'ennuie-tu pas de ton ancienne vie? Après, avoue que tu as plus de mal à tuer des gens. Au fond, tu ne fais que suivre un leitmotiv bien établi depuis des millénaires. Qu'en penses-tu?»



Et moi de répondre :«Cette réflexion n'est pas inintéressante Dr Freud. J'avoue que personne ne sait vraiment comment tout cela a commencé. Peut-être que les premiers vampires ont simplement réagi à une discrimination généralisée de la part des humains, et qu'ils se sont ainsi révoltés, faisant usage de leur pouvoir de mauvaise façon. Ainsi, si je poursuis votre intervention, il semblerait qu'un jour, un vampire ait «croqué la pomme», si je puis m'exprimer en termes bibliques, et que les autres n'ont fait que suivre, et ainsi, aujourd'hui, nous sommes pris dans un cercle vicieux interminable... Je comprends tout à fait...»

Et après je les croque. Ça répond à la question?

Au fond, qui sait si les vampires sont profondément mauvais ou si ils ont seulement un estomac particulièrement difficile et vorace... Moi tout ce que je sais c'est que je n'ai jamais de remord tant j'ai fait le plein de sang. Malgré tout, nous ne sommes pas que des sauvages, oui, quand on a très faim il arrive qu'on se comporte comme des psychopathes, mais règle générale, on sait se comporter de façon plutôt distinguée. La consommation de sang peut devenir un véritable art. La preuve, vous avez déjà goûté un Bloody Mary? Un vrai je veux dire. Un jour je vous donnerai une recette.

Alors comme je disais, l'histoire commence quelque part. En 1792, le 14 mai, j'ai 23 ans. Ma famille était de la petite bourgeoisie française de Paris. Mon père était un gras marchand d'étoffes et ma mère, une machine à produire des marmots. Une vraie vache à lait pour un vampire qui fait attention à ce qu'il mange. J'avais 14 frères et soeurs, ne me demandez pas leurs noms, même à l'époque j'avais du mal à les retenir. À 23 ans, vous me direz, à cette époque, une aussi mignonne jeune femme devait être mariée depuis longtemps. Qu'est-ce que vous êtes flatteur. Hé bien non. Je n'avais que faire du mariage, je voulais être libre. Et pour faire une histoire courte, la liberté, je l'ai trouvée un soir de foire alors qu'une grande troupe de saltimbanques s'était installée en ville. Il y avait cet homme si beau, si charismatique, ah et puis disons-le, maintenant que le terme existe, si sexy... Il m'a fait découvrir des tas de choses ce soir-là. Des tas de choses qui ne se disent pas quand on a coché non à la question «contenu réservé aux adultes». Bref, je me suis réveillée dans le cimetière avec une inflammation du cou et une grosse crampe au ventre. Il était là, Charlie il s'appelait.

Il m'a dit :«Ça fait mal? C'est normal, tu auras mal tant que tu ne te seras pas nourrie. Mais repose-toi. Je vais te faire découvrir un monde que tu ne soupçonnes pas, mon monde, le monde de la nuit dont je suis le seigneur, et toi, tu seras ma femme...»

J'ai dit :«Pardon?»

«... T... Tu seras ma femme. Je suis un vampire et je t'ai choisie comme femme, je t'ai enfantée...»

«C'est bien ce que j'ai cru comprendre, mais là, je m'excuse, ça sonne vachement incestueux ton truc. Ok, grand ténébreux, c'est pas que la proposition n'est pas intéressante, mais non merci. Je n'avais pas besoin d'un mari en étant mortelle, c'est pas maintenant que je suis immortelle et plus forte qu'avant que je vais me faire entretenir. Alors, je te fais la bise et je te dis à la revoyure. Ah oui, et t'en fais pas pour mon mal de ventre, ça se voit que t'as pas souvent mordu des gonzesses.»

Bon, ce n'était peut-être pas exactement dans ces mots-là, mais c'était en vieux français, j'en ai perdu un peu. À l'origine, ça devait ressembler un peu plus à ça:

«Il s'agit bien là de ce que j'ai cru ouïr, mais vous pardonnerez mon effronterie de constater qu'il peut sembler bien peu normal que de prendre sa progéniture pour épouse. Aussi Mon Seigneur de la nuit, je me vois dans l'obligation de repousser votre proposition qui, je l'avoue, garde tout de même en son sein un certain intérêt. N'ayant point besoin d'une moitié de mon vivant, j'ignore en quoi il m'en sera nécessaire dans ma mort immortelle. Je vous fais donc mes hommages et vous dit adieu.
Et ne vous faites point de mauvais sang pour le mal qui m'est affligé, il se voit sans peine que les damoiselles n'ont point souvent été victimes de vos canines.»

Vous comprenez maintenant pourquoi j'ai laissé tombé le vieux français, on perd un fou et c'est une vrai gymnastique pour la mâchoire. Poétique certes, mais chiant. C'est bien vrai que la faim me tenaillait, mais je n'allais pas le montrer quand même, l'orgueil féminin, ça ne date pas d'hier. Aussitôt que le ténébreux Monsieur «Je-suis-un-vampire-et-je-me-crois-trop» est parti, je me suis mise à courir comme une perdue, je n'en pouvais plus de mon estomac vide, et je voulais du sang. Je suis donc allée au seul endroit où je savais que j'allais trouver un gros plein de sang. Ne vous en faites pas, mon père n'a pas eu le temps de se rendre compte. Allez, ne faites pas cette tête, il avait la goutte et il était vieux, c'était une question de temps. Mois ou années, je n'ai jamais été bonne pour évaluer les durées. Après je me suis rendue dans une taverne et j'ai tout bu. Pas l'alcool bien sûr, mais je dois avouer que le sang d'ivrogne fait un peu le même effet. Et imaginez, j'ai bu 9 ivrognes et un barman. Je me suis dit plus jamais, je les ai digérés pendant deux semaines.

La suite... autre jour...
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1.Coming out

Si j'avais été alcoolique, je serais allée aux Alcooliques Anonymes, si j'avais été lesbienne, j'aurais appelé la ligne Info-GAI, si j'avais été toxicomane, je serais allée en maison de désintoxication. Mais je suis une vampire... alors j'ai un blog.

La consommation de sang, ça ne se discute pas en groupe, ça ne se confie pas au téléphone (pas de ligne Info-Vampire pour confier nos problèmes du genre : «J'ai tué mon proprio de logement, que faire? Le jeter dans la benne à ordure ou faire croire à un accident?»), et surtout, ça ne se guérit pas.


On ne se mentira pas, je ne suis pas une gentille. Alors, allez coucher les enfants et donnez les pilules à pépé, parce qu'ici, il n'y a pas d'Eward Cullen végétarien ou d'Angel repentant avec une âme . Ah oui, c'est sexy les Vampires, mais on les aime mieux quand ils boivent du sang de porc... Ainsi mon coming out vampirique... resque, bref, de suceuse de sang (j'aurais pu mettre le masculin et écrire plutôt «suceur», on aurait évité les sous-entendus, mais comme ça j'ai plus de chances d'augmenter mon trafic, on s'aide comme on peut) ne consiste pas particulièrement à avouer ma dépendance à l'hémoglobine, mais plutôt à rappeler un fait qu'on semble oublier ces temps-ci: les vampires ont des canines pointues qui servent à percer la jugulaire des humains qui mourront ainsi au bout de leur sang. Ainsi va la vie.

Non, on ne mord pas les chèvres pour éviter de s'en prendre aux pauvres humains qui ont une famille et qui sont aimés. Vous n'avez pas idée à quel point le poil de chèvre reste pris entre les dents. Et pour ce qui est du sang de porc, franchement, je fais gaffe à mon cholestérol.

Du sang, j'en ai besoin de beaucoup, sinon je risque de me ratatiner comme un vieux raisin séché. J'ai 23 ans depuis 1792, et j'en ai toujours l'air, mais l'entretien ne se fait pas tout seul. La jeunesse éternelle c'est bien, mais faut comprendre quelques ficelles : boire beaucoup de sang, celui des bébés est plus efficace, mais il faut beaucoup de bébés (de temps en temps je me paye une gâterie), éviter tout ce qui est béni, particulièrement l'eau, et puis éviter le soleil. On vous a déjà dit que ça filait le cancer?! Ben vous pourriez être surpris de tout ce que ça peut filer. Le pire coup de soleil de votre vie. Tout serait plus facile si on devenait brillant au soleil, d'expliquer comme si c'était une souffrance épouvantable que c'est pour cette raison qu'on doit se cacher du soleil, sinon tout le monde saurait. Non mais est-ce que la tuberculose t'aurait fait griller les cellules du cerveau Edward Cullen ou plutôt devrais-je dire Robert Pattinson. Moi qui croyais que ça ne s'attaquait qu'aux poumons. La possibilité de se montrer au soleil, c'est tout ce que j'attends pour devenir le maître du monde. En fait, non, je n'ai jamais été très ambitieuse, je me contente facilement de ma vie tranquille, mais je connais quelques mégalos qui se feraient une joie de transformer le monde en buffet à volonté.

Il y a déjà quelques brouillons en cours qui ont de la gueule: se présenter à la présidence des États-Unis, jouer la carte du gentil vampire qui a subi la discrimination toute sa vie à cause de sa différence, se présenter comme le sauveur de tout ce qui va mal, orchestrer une grande campagne de culte de la personnalité, et finalement, organiser une grande fiesta sang à volonté. Le seul détail qui accroche, c'est le soleil. La technologie permettant d'éliminer le soleil n'est pas encore tout à fait au point, et soit disant que ça anéantirait l'équilibre qui permet à la terre d'exister... Le foutoir quoi. En attendant, le réchauffement climatique aide pas les choses.

Bon allez, c'est pas que j'ai pas apprécié, mais je commence à avoir un creux. Un italien, ça me dit assez.
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